| démarche |
Intervenir sur le monde pour le faire sien. Le transformer autant qu'il nous transforme. Demeurer libre, d'une liberté asservie, contrôlée. Mais d'une liberté sauvage, de celle qui permet les accidents, moteur de l'évolution. De celle qui se laisse chevaucher bien que débridée. Saisir une réalité. Répertorier pour tout connaître, pour tout savoir, pour se bâtir une sorte de sagesse empirique qui permettrait la gestion du pourtant insaisissable univers de l'intangible. Mais, avant tout, faire, demeurer actif pour que ne prenne les commandes ni ne me trouble le flot incessant d'idées et d'images. Plutôt me tromper que de subir. Plutôt le délire que l'inaction. Celui qui crée sait pourquoi il se souvient et pour cette raison ne cherche plus à oublier. Utiliser comme une pâte cette matière aux propriétés mal connues qui jaillit des yeux et de la bouche en des moments prévilégiés, trop rares, et en enduire toute chose pour que ce qui est intérieur devienne aussi extérieur. A chaque jour suffit sa peine. Parce qu'il n'y a de solution à aucun de mes souvenirs, parce qu'attendre le prochain bouleversement ou la prochaine tempête n'a aucun sens, les idées cherchent à devenir images, et les images à parler, à me parler. Tout est susceptible de servir parce qu'un rien peut beaucoup. * Tout comme la mémoire, les rêves, les idées et toute réalité, mes oeuvres sont composées d'entités immatérielles disparates qui cohabitent par la force des choses. Des entités appartenant à des mondes différents. Des entités aspirant à des mondes différents, par des moyens différents. Elles se sont jointes les unes aux autres spontanémment, naturellement comme les graffitis, le lierre et le temps s'emparent de la façade d'une maison. L'ordre dans le chaos, l'entraide dans l'anarchie, le bon sens dans le hasard. Des couches de ces entités apparaissent et disparaissent, respectant un cycle inconnu auquel j'ose mettre un terme chaque fois que ses traces me parlent assez fort. |
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