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Punir ceux qui ne parlent pas. Ce n'est pas que je n'ai pas tout essayé. Je les ai beaucoup malmenés. Comme on malmène ceux qui ne parlent pas. J'ai même craché sur certains. J'ai aussi essayé de les ignorer, bien sûr.

Ni les racler avec le crayon, ni les chatouiller n'eut de succès. Je les ai couverts de tout ce qui pouvait couvrir. Je les ai privés de tout ce qu'ils contenaient, sans égard à la manière. Mais toujours rien. J'aurais pu m'écrier, à l'instar de celui qui créa Moïse, parlerez-vous, enfin? - pour des raisons différentes, il va sans dire.

Les enfouir, les ensevelir vivants, comme pour leur faire subir un dernier châtiment. Mais, en vérité, trop content de m'en débarrasser. Passer à autre chose. Oublier qu'on m'a résisté jusque dans la torture. S'il n'y a plus trace de la victime, il n'y plus de délit, il n'y plus de bourreau.

Ils seront sûrement surpris, ceux qui, dans quelques décennies, exhumeront ce faux trésor. Ils se surprendront, eux aussi, de son caractère taciturne une fois oublié le côté énigmatique de la chose. Mais peut-être que le recueil se sera assagi, à grands coups de vers et de tout ce qu'on trouve sous terre. Peut-être que cette ultime épreuve leur aura délié la langue.

C'est un étrange legs que je confie à la terre. Sans le vouloir. Tout ce que j'espère de ce geste, c'est que les autres, les témoins, comprennent qu'il est futile de résister. Haut sur les murs de mon atelier, pour leur fouetter les sens, je devrais inscrire: Tremblez vous aussi de n'être enterrés vivants.