Naître nu pour le nier toute sa vie. Comme l'on nie notre mortalité. Mais la mortalité nous rattrape. Pas la nudité. On redevient poussière, jamais nu. On nous enterre habillés pour que l'on emporte cette pudeur suspecte dans l'autre monde. Quoique, ai-je entendu dire, quelques chanceux nous quittent à moitié nus. Définitivement, la socialisation nous impose des comportements étranges.
Je nais nu mais dois le taire. J'ai des pulsions sexuelles que je dois ignorer. Je suis mortel mais préfère l'oublier. Je suis sensible mais dois le cacher. J'urine et défèque mais fais comme s'il n'en était rien. L'évacuation de gaz doit passer sous silence. Quand je ne me lave pas, je pue (scandale).
Mon corps doit sécréter secrètement sueur, urine, morve et excréments. Larmes et salive sont permises mais pas n'importe comment.
Le cérumen et la bile ne posent pas de problème, tant qu'on ne les voit pas. Si vous perdez du sang, courrez chez le docteur. Si vous vomissez, restez couchés. Et, s'il vous plaît, essayez de faire tout ça habillés.