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Clovis's Temptation La Tentation de Clovis
Marianne's Life Vie de Marianne
A Thousand Texts Mille textes
Benoit Goes Around the World Les Tribulations de Benoit


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Après avoir si longtemps sculpté le bois, après avoir tant travaillé la chair de l'arbre, la noircir de signes en y glissant délicatement la pointe de mon outil semble être une douce trève. Bien que ces ondes sombres ne font pas plus de sens à ses yeux que les étranges chirurgies auquelles je l'ai toujours soumis, j'espère maintenant la connivence de ce végétal, roi en son genre, plus noble que le marbre, plus vivant que l'émeraude.

On fait d'ordinaire bien peu de cas de ce que ces minces peaux que l'on gratte soient fabriquées avec les entrailles de l'arbre. Mais, une fois notre triste besogne achevée, nous nous empressons de les joindre de nouveau les unes aux autres, comme pour le reconstituer, geste maladroit trahissant un désir de rédemption inavoué qui fait bien peu pour le consoler. C'est plus tôt qu'il fallait songer à se le gagner, dès la coupe. A présent, s'il n'a que faire de mon intimité, je suis perdu.

Mais demandons-nous si cette boucherie en vaut le coût. Qui tient à plus que ne pourrait, qui veut plus que ne désire, ne saurait atteindre que des buts médiocres. Puisque certains ont payé de leur vie, nous faut-il tâcher de ne pas se tromper? Bien qu'une voix seule a suffit à nous motiver, qu'elle soit de femme-poisson ou autre, des milliers sont appelées à naître dans le long et souvent pénible processus. Départager le vrai du faux, sera-t-il une préoccupation qui nous rendra digne du pardon?

Que le mot triomphe de la droiture des âmes bien intentionnées. Que ces dernières succombent. Personne n'a été mis au monde pour suivre une ligne, si large saurait-elle être. Avançons. Laissons les hommes caqueter et avançons. Gardons une place en mémoire pour ceux qui tomberont au front. La tâche est colossale et ne saurait tenir entre deux couverts: nous aurons à juger des animaux dont le cul est si près de la bouche qu'il sera impossible de savoir quand ils parleront et quand ils chieront; nous aurons à resister au poids des ans qui veut voir tout bâclé, qui souhaite une clémence à bon marché; nous aurons à douter de tout, comme à notre premier jour, comme à notre dernier jour.

Reprocher aux fous de se réfugier dans leur démence a-t-il un sens? N'est-ce pas plutôt nous qui, en se bâtissant un univers cartésien, fuyons par crainte de ce qu'ils pourraient avoir trouvé? Car la menace est réelle: et si leur avait été révélée la preuve que nous nous trompons depuis que le premier d'entre nous osa choisir? Celui qui touche la paroi de la bulle menace de s'y soustraire. Alors criez, criez pour qu'on reste bien au milieu. Priez, que les déments ne nous épargnent.

Je n'ai pas l'ombre d'un doute, mais n'ai pas idée où je me trouverai demain. Seras-tu en colère si je me trompe? Saurais-tu te contenter d'avoir permis le rêve d'approcher une vérité?

19 avril 2002